
Initialement publiés sur les réseaux sociaux, les Chouettes Rencontres de Fabien Drouet, auteur des Soirées Solo aux éditions du Sabot, sont des textes improbables mettant en scène des situations incongrues avec des personnages détestables.
Hier j’ai bu un spritz avec François Hollande sur la terrasse du Café des Amis, à Panissières (42). Hasard complet, et sympa. Hasard sympa. François aussi, très sympa. Si c’était un collègue de travail je penserais sûrement que ce n’est pas désagréable de travailler avec lui, qu’à la limite on pourrait même se faire de temps en temps un « afterwork », mais il faudrait pas exagérer, on partirait pas non plus en week-end ensemble. François a commandé un spritz, en ajoutant qu’il en voulait un sans alcool. Le serveur lui a dit que s’il voulait un spritz sans alcool, il avait qu’à prendre autre chose, un « soft drink », un Oasis par exemple, ou un sirop. Mais François Hollande a dit non, non et non, je reste sur ce que j’ai dit, je veux un spritz sans alcool. Je crois que dans son regard, j’ai perçu ce dont il venait de s’apercevoir ; sa requête était une métaphore, ou une allégorie (je galère toujours en figure de style) assez claire de ce qu’il souhaitait faire politiquement ; reconstruire la gauche, mais sans être de gauche. Moi, pour compenser, j’ai demandé un spritz, mais uniquement avec de l’alcool. Je ne dis pas que l’alcool, c’est la gauche, ou inversement. Et la métaphore ou l’allégorie ou je ne sais quoi file aussi bien avec la bouffe, la preuve : quand le serveur est venu nous demander si on désirait manger, François a dit « Oui ! avec plaisir ! Pour moi ce sera une assiette d’accras de crevettes aux piments forts mais qui piquent pas ». Le serveur, fatigué des requêtes irréalistes de François, m’a regardé. Je crois qu’il cherchait un regard complice, quelqu’un qui s’associerait à son agacement, quelqu’un qui lui exprimerait sa solidarité. J’ai acquiescé, en fermant doucement les paupières et en inclinant lentement ma tête. Je crois que le serveur a compris ce que je voulais lui signifier ; il m’a souri, on s’est souri, et François, même s’il n’a pas compris pourquoi le serveur et moi nous souriions, a souri lui aussi. Je pense qu’à ce moment-là, le serveur et moi nous sommes dit la même chose : Pauvre type.
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Hier j’ai croisé Glucksmann au resto, il a commandé un plat de bulots et pour rire, le serveur lui a dit, vous êtes cannibale ? J’ai tâché de ne pas rire parce que je n’aime pas faire du mal aux personnes en difficulté. Le pauvre, me suis-je dit, le pauvre. Puis à un moment je l’ai vu se gratter et en se grattant et parce qu’il avait un petit morceau de coquilles de bulot fourré dans l’ongle il s’est arraché un bout de peau. Stupeur, le bout de peau enlevé n’a pas laissé paraître de rougeur. Je me suis dit, décidément, ces gens-là ne sont pas faits du même bois que nous. À un moment, il a souri parce que quelqu’un est venu lui demander un autographe, mais quand il a signé Glucksmann, le mec lui a dit merde, je vous ai pris pour quelqu’un d’autre ! Mais le mal était fait, Glucksmann avait souri et le trou qu’il s’était fait avec la coquille de bulot s’est agrandi, et à mesure qu’il s’agrandissait, la « peau » qui s’arrachait se recroquevillait sur elle-même. Il a re-souri car il y avait beaucoup de bulots et que Glucksmann adore ça. Je suis allé aux toilettes parce que j’avais quelque chose à y faire et quand je suis revenu, oh stupeur, le latex était tout recroquevillé à hauteur de son cou, et au-dessus de ce méli mélo de latex recroquevillé, il y avait un visage qui n’était pas celui de Glucksmann ! Je me suis dit, oh ! Boris Vian ! Il est vivant ! Puis je me suis dit non, c’est pas Boris Vian ! C’est notre connard de président !
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Hier j’ai croisé Éric Ciotti à Carrefour L’Isle-d’Abeau (Isère), je ne m’y attendais pas mais vraiment pas, et ce auquel je m’attendais encore moins, c’était de le croiser au rayon des shampooings, moi je suis poli, je dis Hey, monsieur Ciotti, mais sûrement bien trop occupé à choisir son shampooing, il ne me répond pas. Je suis poli et curieux, et tout à coup ma curiosité prend le pas sur ma politesse et je lui demande Mais monsieur Ciotti, à quoi vous servirait un shampooing, je vous rappelle que vous êtes chauve… Cette fois-ci Éric Ciotti se retourne, me regarde à peu près dans les yeux et déclare, le buste gonflé Non, monsieur, je ne suis pas chauve ! Je réponds Euh… Si, monsieur Ciotti, et c’est pas grave, ça arrive à des gens très… Il me coupe la parole et déclare plus fort que moi Je ne suis pas chauve, je n’ai pas de cheveux… Je lui dis que c’est pareil mais déjà il fait non avec la tête et poursuit son monologue, les gens qui sont chauves sont chauves et ceux qui n’ont pas de cheveux n’ont pas de cheveux… Je dis Oui mais c’est pareil, et lui il dit Non, vous dites ça parce que vous vous êtes laissé berner par la bien-pensance d’une gauche radicalisée, la liberté d’expression, vous connaissez ? Je dis oui, je connais. Il dit Alors, si vous connaissez, laissez-moi la liberté d’exprimer mon point de vue ! Je suis abasourdi par l’absurdité de la situation lorsque trois individus parfaitement chauves pénètrent dans le rayon des produits d’entretien corporel et s’approchent du rayon shampooing. Éric Ciotti sourit, fait un clin d’œil grossier aux trois individus, il sait que ce clin d’œil, je l’ai vu mais il a l’air de s’en taper royal, puis juste après ce clin d’œil il demande aux trois individus, Est-ce que vous êtes chauves ? Les trois individus, manifestement chauves, répondent en chœur : Non. Éric Ciotti jubile, puis narquois il me regarde, place son pouce sous son menton et le catapulte au-dessus. Nananère ! Et toc ! Vous avez votre point de vue monsieur, haha, il est respectable, mais nous, nous avons raison !
Éric Ciotti, tout sourire, s’en est allé sans shampooing, tandis que les trois autres sont repartis avec.