Enfance&toi (2) | Nicolas

Enfance&toi est le dernier livre paru aux éditions du Sapin. Celui qui signe ce livre, Nicolas, nous invite à un « rêve Benjaminien » comme le note avec justesse son éditeur, ou bien à une « balade entre souvenir actuel et citations posées comme des jouets oubliés ». En voici un deuxième extrait.

III

Quand nous refusons,
nous refusons par un mouvement sans mépris,
sans exaltation, et anonyme, autant qu’il se peut,
car le pouvoir de refuser ne s’accomplit pas à partir de nous-mêmes,
ni en notre seul nom, mais à partir d’un commencement très pauvre
qui appartient d’abord à ceux qui ne peuvent pas parler.

Le refus, Maurice Blanchot

Hitler vient de prendre le pouvoir. Walter B., émigre à Paris
écrit une trentaine de textes consacrés à son enfance, une enfance,
se trouve en pleine débâcle historico-politique, ex-/et in-/time.

Regarde : ni nostalgie, ni attendrissement mais
« comme on arrache un objet à un incendie »
un dernier combat « en faveur du passé ».

L’Enfant ? (askip)
À ranger au vestiaire des clichés-sucres d’orge !

Innocence de l’enfant ? Pureté ?
« Mon cul ! », comme dirait Zazie !

Il ne s’agira pas à pas ici d’attribuer des prédicats
à l’enfance : le Gouvernement le fait déjà,
et de la pire des manières.

Mais il ne faudra pas la dissoudre, non plus, non,
dans la solution de l’empire des adultes.
Ni idolâtrie ni iconoclastie,
d’ailleurs,
faire revenir l’esprit d’enfance,
dans son énigmatique présence.

L’enfance n’est pas un thème, un sujet ou l’objet d’un discours.
De même qu’on ne peut être considéré comme l’auteurice de ces lignes.

Il ne s’agit pas de se contenter de traiter la question,
mais d’ouvrir ses contradictions,
faire revenir la contradiction.

Parcours qui n’a pas l’intention de forger une théorie de l’enfance.
D’en élaborer le concept.

Parce qu’il ne s’agit, justement, ni de théorie ni de concept,
mais de ce qui se vit en deçà.

Concepts, KAP, tu captes ? Captures.

On ne parle pas du dehors, « sur » les enfants, on parle du dedans, et de soi.

Les adultés ne font pas confiance en la vie tant qu’ils ne la dominent pas.

En tardif d’un monde usé, un éléphant accouche d’une souris qui se
trompe dans sa destination. Pas sûr, pas sûr, vite dit.

Promesse indécise, sans cesse renouvelée de nouveaux commencements.

Mal informé qui se croit son propre contemporain.

(On trouve des mains d’enfants sur les parois à une hauteur qui implique
qu’ils aient été portés par des « adultes »)

On veut absolument leur faire avaler la civilisation par le langage !