Les Filles de Louise Michel – 22 – mars

Publication des Filles de Louise Michel en feuilleton sur Volodia, tous les lundis.
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86 mars 2016. NÉGATION EXPOSANT® DU VIVANT + CAPTATION DES HEURES = REFUSER LA MORT QUI VIENT TENDANCE IMMORTALITÉ ZÉRO TENDANCE. 86 mars 2016. Un hélico, d’abord. Un hélico et à son bord les Filles de Louise Michel avec leurs camarades de partout, rencontrées la veille, le matin même, il y a dix ans… Elles sont à la manœuvre d’une trentaine d’hélicos, une centaine, conduits par Ana, Cléa, Suza, Élia, Leïla et Lina, Mahra, N’gela, Etna, Sara, Louise, Han, Ernesto, Ethan, Armando, Ours, JiBéo, Orlanda, Fatima, Yahya, Yasser, Moussa, Adam, Élias, Omayma, Léa, Stella, Maëlle, Lola, Sé, Kachir et toutes camarades aux prénoms inconnues. Les filles du collectif Chomeuses go on sont là aussi. Elles ont customisé la carcasse des hélicoptères à la bombe rose, verte et jaune et paillettes et surbrillances, et sous le cockpit et sur les ailes gauches et droites de la queue arrière de chaque hélico, une belle inscription Nique La Peau Lisse scintille. Les hélicos font des bonds dans le ciel et dans le temps. Ils traversent les espaces à très grandes vitesses un peu comme dans un rêve, mais c’est réel, ils survolent les villes et les campagnes. Les hôtels de préfecture. Le palais de l’Élysée. La Concorde. La Madeleine. Le Sacré-Cœur-de-merde. Le cours des cinquante otages à Nantes et la mairie de Chantelle et sa boucherie et son stade de foot. C’est à la fois une centaine d’hélicos et un seul et dans chacun il y a un dance floor et les camarades dansent et chaque hélico fait des rases mottes et reprend de l’altitude, au-dessus des préfectures, sur les réseaux en live, des tracts pleuvent du ciel et du gros son crache d’une sono réglée à fond depuis chacun des hélicoptères. Des chants. Des slogans. Un seul chant et slogan comme un immense poème économique en rage. PARTOUT : NÉGATION EXPOSANT® DU VIVANT + CAPTATION DES HEURES = REFUSER LA MORT QUI VIENT TENDANCE IMMORTALITÉ ZÉRO TENDANCE. Au-dessus des Galeries Lafayette. Au-dessus des H&M et des Go Sport. Au-dessus des lycées Guist’hau, Blaise Pascal, Angela Davis et Françoise d’Eaubonne. Au-dessus de Bercy et de son ministère. Au-dessus des Dervallières. À Bellevue. À Craponne. À Aubepierre et à Malakoff. À Laussonne. Au-dessus des aéroports. Au-dessus de Wauquiez en train de se désinfecter les mains d’en avoir trop serré samedi dernier au marché du Puy-en-Velay. À Paris, Annecy, Bordeaux, Saint-Claude, à Rennes et à Marseille et à Givors, à Vierzon, à Limoges, à Mâcon, à Metz et à Nancy, à la Roche-sur-Yon, au-dessus de la place Napoléon, au-dessus des périphs, des rocades, dans le ciel des campagnes et dans les pollutions des Métropoles et des réseaux en live, les Filles de Louise Michel et leurs camarades se passent le micro branché sur la sono et prennent le relais pour chanter, gueulardes et lyriques, tour à tour, sauvages, suaves et déter et sans relâches, elles tiennent le chant dans les airs, il plane et virevolte comme un long dragon volant et slalomant entre les pétards et les feux d’artifices. C’est une amoure sociale et d’offensive qui tremble dans chaque voix :
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« On se permet d’intervenir dans le débat public. Rapport à la question du travail. Ça nous semble d’actualité. On voudrait vous parler de la casse. Des Casseurs. Nos Amoures. Des Casseuses. Nos Cassos. Nos chéries. On voudrait vous parler de Dieu. Aussi. Pour bien foutre la merde. On se permet d’intervenir aujourd’hui parce qu’on a compris un truc. Avant-hier. On est rapides. Mais pas trop. On est partageuses. Aussi. On a compris un truc en cassant un mur de parpaings avec une massue. Deux massettes. Trois burins. On va vous raconter. On a compris un truc très simple. Rapport à la casse. Aux casseurs. Aux casseuses. Aux cassos. Madame la ministre. Du travail. Monsieur le ministre. Des polices et des armées officielles. Mesdames et messieurs en arme et aux ordres du travail et des polices, et des armées officielles. Madame la gouvernante de la ville de Nantes. Monsieur le gouverneur de la Région, du département et des districts sous contrôle. Mesdames, messieurs, ses vassales, vassaux. Madame la présidente de l’Intercommunale. Monsieur le président de la République — enfouie. Madame la directrice des Office HLM de la Ville de Nantes sous contrôle. Monsieur le général des armées secrètes au service de la République — enfuie. Madame la préfète. Mesdames et messieurs en armes. Le problème. On a compris. Le problème. C’est vous. On a compris. Le problème c’est vous. Celles et ceux qui exécutent. Les ordres. Et les exécutent sous modalités violentes — meurtrières. Vous. Celles et ceux qui exécutent les ordres. Sous modalités réalisant votre force. De l’ordre. La force. De votre ordre. Le problème c’est vous. Et vos conceptions de la force, et de l’ordre. Et du temps. Vous ne laissez pas le temps à nos amoures, casseurs, casseuses, cassos. Vous ne laissez pas le temps de faire le travail. Car on pense OUIDA qu’il s’agit d’un travail. Madame la ministre. Monsieur. Des polices et des armées. Mesdames, messieurs, en arme et aux ordres. Gouvernante, gouverneur. Mesdames, messieurs, vassales, vassaux. Présidente. Président. Général. Directrice. Madame. Monsieur. La préfète. En arme. Le problème. C’est vous. Vous êtes : le problème en actions dans une entreprise bien mortifère, bien meurtrière, bien assassine. Une entreprise bien malade et toute vieille comme l’est ce vieux monde. Elle a pour nom sordide NÉGATION EXPOSANT® DU VIVANT + CAPTATION DES HEURES = REFUSER LA MORT QUI VIENT TENDANCE IMMORTALITÉ ZÉRO TENDANCE. C’est le nom de toutes les maladies mortelles. De toutes les religions d’agonie. Entreprises. Aspirant à régner sur la totalité des êtres. C’est une entreprise. Religion. Vieille archi-vieille en train de crever. Mais encore vivante. Elle se défend. Méchamment. Ce qui crève se défend. Toujours. Méchamment. Votre avenir, c’est zéro. Votre règne : est un règne d’agonie. Qui fait de plus en plus mal. Avant-hier. On cassait un mur en parpaings. On faisait tourner la masse. Les massettes. Les trois burins. Et on a commencé à réfléchir à tout ça. On est musulmanes, juives, cathos, athées. On est communistes libertaires matérialistes. Okay ? On sait piloter des hélicos. Débiter des arbres à la tronço. Éviter les commicos. Et vous. Vous êtes malades et un danger de mort pour nos vies mortelles. Vous êtes malades et un danger de mort prématurée permanente pour nous et nos vies qui veulent bâtir et se bâtir sous un ordre — autre — que ce lui de la force brutale régie par votre NÉGATION EXPOSANT® DU VIVANT + CAPTATION DES HEURES = REFUSER LA MORT QUI VIENT TENDANCE IMMORTALITÉ ZÉRO TENDANCE. Nous sommes les Filles sans nom des mille mamas sans nom et avec. Nous Bâtissons. Et détruire. L’intégralité des. Distri. Buteurs de billets. Détruire. L’intégralité des. Vitrines de banque. Détruire. L’intégralité des. Succursales. De compagnie d’assurance. Détruire. L’intégralité des. Agences de. Travail intérimaire. Détruire. L’intégralité des. Caméras de vi. Déo-surveillance. Toute cette merde. Détruire. Est un geste inaugural. Pour bâtir. Ce que la force brutale de votre entreprise NÉGATION EXPOSANT® DU VIVANT + CAPTATION DES HEURES = REFUSER LA MORT QUI VIENT TENDANCE IMMORTALITÉ ZÉRO TENDANCE ne peut pas penser, ne sait pas penser, ne veut pas penser, toute occupée qu’elle est à produire et protéger sa seule expansion. Toute occupée qu’elle est à dissimuler ses meurtres et à réduire au silence celles et ceux qui les montrent du doigt. On ne casse pas pour le plaisir de la seule casse tu sais ça ? On casse avec le désir en cours d’une construction autre. Réellement autre. Vous avez besoin de vous défendre vous aussi. On sait. Bercy est une forteresse transnationale et nous sommes en guerre nous aussi, on vous voit, planqué dans le blockhaus de Bercy. On vous entend. Vous nous entendez ? On est les bâtisseuses, filles sans nom des mille mamas sans nom et avec et pour commencer on va détruire votre ENTREPRISE. NÉGATION. EXPOSANT®. Il y a un gars chez vous qui fait le mariole en déclarant que nous regrettons la mort du roi. Que nous sommes inconsolées depuis la mort du roi. Nous. Ne regrettons pas la mort de ton roi. Gardez vos relents de consolation pour votre race. Nous. Sommes en guerre et nous sommes en train de la perdre — selon les coordonnées de votre ENTREPRISE. NÉGATION EXPOSANT®. Roi — décapité. Nous n’utiliserons pas les armes de votre ENTREPRISE. Ni celles de votre roi — décapité. Ni celles de ceux qui l’ont décapité. Pour vous combattre, regardez, on disparaît. Impossible de basculer dans votre camp. L’usage de votre force. Disparaît. Hélico en piqué sur l’Élysée pour votre frayeur ! On est déjà plus là ! Casseurs ! Casseuses ! Cassos ! À nos Amoures ! Sans vous ! On rejoint les zones proles et sales inférieures. On fait pas les fières. On va faire le taf. On n’était pas censées survivre. Souvenez-vous. On n’était pas censées survivre. ON EST TOUJOURS LÀ ! ON VA REVENIR ! EN MASSE ! »
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Le soir, Ernesto et Yahya finissent de casser les murs en parpaings dans le garage derrière la maison. Ici, on a le temps. Ici on peut casser tranquillement ce muret désormais inutile, puis cet autre, et ces deux là aussi qui servaient de réserve à charbon quand la maison était chauffée au charbon. Casser, puis nettoyer les murs qu’on n’a pas cassés. Demain, on repeint ceux qui restent debout. Ici on a le temps. Ici on va faire venir de l’eau. Ici on va installer un coin douche, un évier. Là on va isoler le toit, les murs, amener un petit frigo, une ou deux plaques électriques. Transformation d’un garage un peu sombre en studio habitable pour Yahya. Transformation ici parce qu’une amitié est née entre nous. Transformation ici parce que le squat de Doulon est menacé d’expulsion. Et parce que toi Madame la ministre du travail. Toi Monsieur le ministre des polices et des armées officielles. Toi Mesdames et messieurs en arme et aux ordres du travail, des polices et des armées officielles. Toi Madame la gouvernante de la ville de Nantes en Métropole. Toi Monsieur le gouverneur de la Région, du département et districts sous contrôle. Toi Mesdames et messieurs ses vassales et vassaux. Toi Madame la présidente de l’Intercommunale. Toi Monsieur la pourriture. Toi Madame la directrice des Office HLM de la Ville de Nantes en Métropole sous contrôle. Toi Madame la préfète. Toi Monsieur le général des armées clandestines au service de la Région, du département et districts sous contrôle. Toi Mesdames et messieurs en arme. Toi, tu ne fais pas le travail. Parce qu’il s’agit d’un travail. Ouida. Non seulement il s’agit d’un travail mais il s’agit d’un travail d’amoure. Ernesto pense que le mouvement contre la loi travail est un mouvement de défense de l’amoure. Il pense à l’amitié avec Yahya. Il aurait aimé la vivre avec aN’Gela dans la maison. aN’Gela dans la maison. Il en est encore là. Yahya a rejoint le squat pour la dernière prière. Ernesto est dans son petit bureau. Il prend des notes pour écrire un poème d’amoure.
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NÉGATION EXPOSANT® DU VIVANT + CAPTATION DES HEURES = REFUSER LA MORT QUI VIENT TENDANCE IMMORTALITÉ ZÉRO TENDANCE. C’est le nom de la destruction et la destruction ici c’est la destruction du désir. C’est impossible. Il est impossible de détruire le désir. C’est possible. Il est possible de le détruire. Non. Désir est mon préf’ parmi les affects primordiaux. Je ne veux pas qu’il meurt. Il ne peut pas mourir. Désir est possible à détruire en tuant les corps qui le produisent et le ressentent. Désir est impossible à détruire. Impossible de tuer la totalité des corps qui le produisent et le ressentent. Désir prend tout type de formes. Aussi. Ses formes varient en fonction des situations vécues et des corps qui participent à le produire et de leurs relations. Avec sensations et sentiments tels que les corps ont appris ou n’ont pas appris à les connaître. Avec sensations et sentiments tels que les corps ont appris ou n’ont pas appris à les accueillir. Avec sensations et sentiments tels que les corps ont appris ou n’ont pas appris à les nommer. Avec sensations et sentiments tels que les corps ont appris ou n’ont pas appris à les vivre. Désir varie en fonction de la manière dont nous sommes capables de vivre et de faire vivre les formes qu’il prend. Quand avec Yahya on casse les murs de parpaings dans la perspective de pouvoir faire de ce garage un peu sombre un studio accueillant on donne forme à quelque chose de notre désir. Amoure. Quand cinq policiers de la BAC embarquent un adolescent qui ne s’enfuit pas à leur approche ils donnent forme à quelque chose de leur désir. Aussi. Quand l’adolescent avec écharpe du F.C. Nantes autour de son cou et attributs vestimentaires et gueule et gestes qui le catégorisent comme jeune des quartiers = racailles ne s’enfuit pas à leur approche il donne forme à quelque chose de son désir. Aussi. Désir est produit par un rapport de forces. Désir auquel tu tiens s’il est mis en danger dans le rapport de forces d’un autre désir est à défendre. Désir est pris dans un rapport de forces historiques raciales sexuelles spirituelles sociales. Désir est un travail tendu tissé dans ce rapport de forces. Désir peut se défendre. Désir se défend. Afin de pouvoir s’épanouir Désir se défend.
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Ernesto sent des larmes qui lui monte dans les yeux. Il est seul dans la maison. Il comprend rien à ce qui lui arrive. Depuis le bureau il regarde le jardin. Au sol, le cercle cramé autour duquel les Filles de Louise Michel étaient réunies le mois dernier. Ernesto revoit l’hélico Nique La Peau Lisse qui en fin d’aprèm vire vers le nord puis un peu vers l’ouest et disparaît du ciel de Nantes.
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