Photoreportage de Chine (1) | Michele Marchioro

Notre camarade de Volodia étudie actuellement en Chine : il nous a fait parvenir ce premier échantillon d’un photoreportage accompagné d’un texte.

A : Hutong sur le canal glacé. Février 2026.

B : Vacances du nouvel ans Chinois. Février 2026.

C : Fenêtre sur une route, district de Xicheng. Février 2026.

D : Temple confucéen, Pékin. Février 2026.

E : Temple du ciel. Février 2026.

F : Temple du ciel. Février 2026.

G : Nuit du Nouvel An, Ancien palais d’été. Mars 2026.

H : Lanternes, Ancien palais d’été. Mars 2026.

I : Ancien Palais d’été. Mars 2026.

L : Ancien Palais d’été. Mars 2026.

M : Famille regarde les photos tirées par un policier, Ancien Palais d’été. Mars 2026.

N : Ancien Palais d’été. Mars 2026.

O : Entrée de la Cité Impérial. Mars 2026.

P : Cité Impériale. Mars 2026.

Q : Cité Impériale. Mars 2026.

R : Cité Impériale. Mars 2026.

S : Cité Impériale. Mars 2026.

T : Remparts de la Cité Impériale. Mars 2026.

Évoquant ces photos, on m’a demandé ce que l’on pouvait bien encore chercher dans les pays lointains. Pourquoi documenter l’ailleurs plutôt que l’ici ? Pourquoi nous intéresser au quotidien si loin ? Qu’ espère-t-on y trouver ? Est-ce toujours de l’exotisme ? Le dernier coup de queue du romantisme qui se déguise en tradition ou en hypermodernité ? La Chine, sans doute, est parée des deux.

On sait que les sciences humaines ont été avant tout un produit de l’expansion coloniale du capitalisme au début de la modernité. Les cartographies, les données scientifiques sur la flore et la faune, les descriptions des sociétés rencontrées avaient en dernière instance le but d’étendre le marché. Le capitalisme est une société de frontières depuis sa naissance : les rails et les bateaux exploraient les terres sauvages pour les offrir aux marchands, qui alors s’appelaient Charles Quint et les Fugger, Couronne d’Angleterre et Compagnie des Indes, comme aujourd’hui Total, Exxon ou BlackRock. Cela fait partie de l’histoire du capitalisme occidental, et les peuples des Caraïbes, d’Amérique et d’Afrique furent les premiers à en payer le prix. L’anthropologie et les sciences sociales ont été des outils au service des plus grands crimes de l’histoire de l’humanité, de l’esclavage moderne à la destruction d’écosystèmes encore aujourd’hui à l’œuvre. Mais les sciences sociales ont aussi constitué un espace de critique de la colonisation et du capitalisme, et les exemples sont nombreux parmi ceux et celles qui s’y engagèrent et que nous pourrions évoquer ici. Le cinéma et la photographie des dernières décennies sont une continuelle réflexion sur ce rapport entre sujet et objet, ou, mieux, entre qui a le pouvoir de regarder et qui est regardé, sans que cette relation de pouvoir implique un pôle actif et un pôle passif.

Lorsque le Portugal lançait la course européenne vers la frontière de l’Ouest au XVe siècle, la Chine également préparait ses grands voyages. Entre 1405 et 1433, l’eunuque amiral Zheng He accomplit sept voyages, en traversant les vastes étendues marines de l’océan Indien, de Java à Ceylan jusqu’à l’Afrique de l’Est, avec grand succès et en ramenant tributs et objets exotiques à la cour où ils furent beaucoup appréciés. Il n’est pas question d’enquêter ici sur la façon dont les voyages européens façonnèrent l’entreprise coloniale ayant bouleversé la géographie et l’histoire mondiales, tandis que la Chine au bout de vingt-huit ans cessa d’explorer le monde. D’ailleurs les motivations sont multiples et sans doute l’existence en Europe d’un système économique fondé sur l’expansion, comme le capitalisme, ne fut pas la moins importante.

À la conclusion de cette trajectoire qui a accompagné toute la modernité, ce n’est pas seulement le rôle de l’Europe qui a évolué — celle-ci se trouvant désormais dans une crise identitaire inédite et sous la chape de plomb d’un sentiment généralisé d’impuissance politique —, mais aussi celui de la Chine. Est-il possible que les rapports soient en train de s’inverser ? Et — quel que soit le nouveau système-monde dans lequel nous nous trouvons — est-il possible que ces nouveaux rapports internationaux existent déjà in nuce, quelque part, entre ces sociétés qui se rencontrent malgré leurs frontières matérielles et celles de leurs propagandes croisées ?

Ces photos n’ont pas pour vocation de répondre à toutes ces questions, bien trop ambitieuses : elles ne sont qu’un peu de matière documentaire au service des sciences sociales — et probablement le sont-elles d’une façon peu utile et peu significative. Plus simplement, elles correspondent au désir de raconter la vie quotidienne d’un étranger dans un pays traversant actuellement d’immenses bouleversements et qui paraît s’engager vers l’avenir muni d’idées et de perspectives autres que celles qui dominent la voie de l’Occident, mais avec une fascination inavouée pour les conquêtes du développement historique de ce dernier.