
Enfance&toi est le dernier livre paru aux éditions du Sapin. Celui qui signe ce livre, Nicolas, nous invite à un « rêve Benjaminien » comme le note avec justesse son éditeur, ou bien à une « balade entre souvenir actuel et citations posées comme des jouets oubliés ». En voici un troisième extrait.
Le monde s’est atrocement rétréci ce monde. Une grande salle de classe,
totale. Avec cours de récréation, surveillants de tous les étages, horaires,
punitions, bulletins, et tout et tout.
La Classe elle-même/divisée en classes.
Rabougri plutôt le monde. Adulte sinistre. BOLOSS !
Et infantile. Scolaire, comme jamais. Infantile et scolaire, ce monde.
Le maître fait les yeux ronds, et fait tinter ses clefs.
Tu voudrais crier plutôt que parler.
Cachot ou forteresse intérieure, ta voix enfermée. Et puis.
Énormes petites milles-en-une voix vives de résonner.
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Les cahiers jetés au feu
personne au milieu des livres dépliés,
les corps bougent et demandent
un monde dans les grandes largeurs.
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Enfantes prisonnières de l’idée d’Enfance, elle les a bouffé·e·s,
cette Idée, incurie domestique éducation systémique
ique ique ique. Ça hoquette.
À la limite, l’enfance n’est rien. N’est rien. Âge ? Non. Stade ?
Quelque chose ? Non.
Clandestine
à ciel ouvert ? J’aime bien.
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(Propriétaire d’opinion,
prière de s’abstenir.)
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Enferrés dans la vie terrestre, on joue à balle-prisonnier.
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Une malédiction pèse sur eux depuis la malédiction du jour Un.
JE SUIS UNE ENFANT PRÉCAIRE, ABONNÉE AU
FRAGILE ET À LA DÉCEPTION.
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Un miroir bbbllleu-eu bbrisé
(bris d’signifiant despotique, bris d’ignorance crasse)
des éclats-signes dessinent se dessinent.
C’est une question qui ne trouve pas sa réponse.
C’est une question qui désespère
de sa réponse.
Elle cogne sous les tempes, mouche contre les vitres
et trouve, parfois, cahin-caha, cache-cache,
le plein air d’une phrase, ou d’un crachat.
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De toute façon, nous devions un jour quitter la maison.
Il se peut que le plus tôt soit le mieux.
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Rendre aux sons leur puissance de lutte contre le pouvoir.
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En passant : Kokochou me disait qu’il n’y a pas La mort, mais des fragments
de Mort et des mortes toujours singulières (pléonasme).
Malbèf me disait aussi que les grands disent le mot mort comme on
claque une porte ou glisse une lettre à la poste parce qu’ils en ont peur en fait
ils la déréalisent c’est souvent comme tel avec les mots morts.
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« L’enfance est le futur du monde ». Grosses phrases serinées.
L’enfance (laquelle ?) est le futur de ce monde. Quelle terre quelles
dettes ?
De quelles enfances parlent-ils ? Et pour quel monde ?
Quel futur ?
Jamais plus de grosses phrases qui croient tout donner
alors qu’elles reprennent tout.
Le Marché sature, vante ridiculise. On spécule sur la guimauve. Pour ?
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On vend aux adultes des images otages.
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Alors, écrire « pour » les enfants ?
(nous avons plutôt été du côté du voleur que du gendarme,
de l’indien que du cowboy, du pirate que de la marine, c’est vrai, et ?)
« pour », ce n’est pas à l’intention de,
ni même à la place de :
c’est devant.
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Penser devant les enfants.
Tout se passe sous les tables.
Infrastructure avions-nous dit.
Super !
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Le jeu de vivre demeure hors demeure.
Il est la subversion au coeur même de cette mort qui nous gouverne
encore. Terre promise pour la mémoire de l’automne.
En écrivant, tu l’ignores
et tu fais comme si l’enfant c’était l’autre.