
Les poëtes font des rêves avec des poëtes dedans. En voici un du camarade Charles Pennequin.
Il est dans sa caserne, il revoit ses potes de régiments. En fait ce sont des poëtes ses potes. Il rêve qu’il parle à des poëtes tous les jours. Les poëtes de régiments ne sont pas de la grande muette. C’est plutôt la caserne de la grande bavarde. Il y a le poëte Berno. Les potes-poëtes du régiment de la grande bavarde l’appellent Taberno, voir même, pour certains, Tabernak. Car Tabernak est un poëte grand bavard. Et il écrit de belles proses. Il prosate Taberno, avec du prosac ! Il se prise de proses serties de poësies. Chaque phrase a mis du rouge à lèvres pour sortir dans les livres de Berno-Tabernak. Et toutes les amies de se pâment pour lui.
Il rêve aussi qu’il est chez sa maman, avec plein de jeunes potes-poëtes qui l’accueillent. Il rentre dans la cuisine de chez sa maman et les poëtes font la vaisselle. Les potes-poëtes viennent jusque dans la cuisine de sa maman pour le chambrer. Ils mangent du fromage rouge de sa maman et fument du gris. Puis après ils sommeillent dans la chambrée des poëtes.
Le lendemain il rencontre le poëte Jacquard dans un rêve. Il voudrait bien parler au poëte Jacquard qui habite à la Michaudière et se fait appeler Jacquerie-Michard. Mais Jacquerie-Michard veut aller dans un restaurant chic avec tout plein d’amis. Alors il invite tous ses potes richards et surtout richardes. Lui rêve qu’il mange une soupe au pâté dans le restaurant des poëtes richards. Jacquerie-Michard est tellement ivre qu’il reste bloqué dans les toilettes. Notre ami va chercher les voisins de Jacquard pour le sortir du placard. Puis Jacquerie-Michard pelote toutes les amies que notre ami fait venir durant la nuit.
Ensuite il rêve qu’il rencontre encore d’autres poëtes dans la grande parlerie. La grande parlotte du régiment dla poësie, comme Bernard&Sic. À Bernard&Sic notre homme lui avoue qu’il écoute ses poëmes dans sa voiture. Il met des poëmes de Bernard&Sic dans l’autoradio et file voir sa famille en Bretagne. Le poëte &Sic est choqué. Il roule pendant des heures avec les poëmes dans l’autoradio de l’automobile qui file. Et le poëte &Sic est alors catastrophé par ce qu’il lui dit.
Dans un autre rêve il croise le poëte Pirouette-cacahuète. Pirouette-cacahuète c’est son pseudo dans le cercle du régiment dla poësie. Pirouette-cacahuète lui parle de son esprit encaserné et refoulé. Il n’est pourtant plus un novice. Quand il était frais émoulu ça tournait déjà au vice, Pirouette-cacahuète l’envoyant récupérer son Grévisse !
Ensuite il rencontre la poëtesse Gigi. À Gigi l’égérie il lui parle de ses tantes reloues. La poétesse Gigi l’égérie dit à ses amies : — Retenez-moi, que j’lui mette pas un coup de boule !
Les poëtes du régiment dla poësie font dla poësie, c’est-à-dire qu’ils font semblant de mettre des coups de boules.
Sa fille, elle, préfère employer « coup de boum ».
Dans la poësie se dit-il, le problème c’est qu’on risque toujours de faire dla poësie. On risque plus de faire dla poësie qu’des coups de boum, se dit-il. Plus on se dit poëte et plus on fait dans dla poësie et plus on se prend pour un marquis des mots.
C’est alors qu’il rêve de Philippe Rostre et de Jean Tacos qui se rencontrent dans un bar. Ils se mettent tout au bout de la terrasse du bar, pour éviter que le serveur vienne prendre la commande. Ils disent : — Aujourd’hui les poëtes dla poësie sont grands ! Ils sont plus grands qu’hier les poëtes dla poësie, qu’ils se disent ! Ils se regardent en le disant pour mesurer des yeux leurs grandeurs et lui il se voit tout petit dedans.
Les grands poëtes reçoivent des écharpes d’un jeune artiste. Ce sont des écharpes de poëtes. Les poëtes à écharpes se rencontrent dans des colloques dla poësie. De jeunes poëtes veulent prendre leur place, alors ils les traitent de poëtes. Les poëtes à écharpes sont vexés, d’un geste nerveux ils replacent leurs écharpes et s’enfuient. Les poëtes dla grande parlotte dla poësie s’échappent et se cachent dans les toilettes dès qu’on leur crie un peu dessus.
Puis il rencontre encore dans un rêve le poète Tristan Prison. Tristan Prison lui dit : — Si j’étais militaire, je serais au moins général ! Un jour, Tristan Prison veut lui donner des cours de Latin. Un autre jour il l’engueule quand il fait des fautes d’orthographe en recopiant le manuscrit de l’écrivain Hubert Légo. Tristan Prison l’emmène ensuite à une grosse fête organisée par son éditeur. Son éditeur a gagné plein d’argent grâce au livre de Méridienne-au-sec. Alors il invite à la fête, dans un garage à Paris, tous les écrivains de sa maison d’édition et leurs potes. Notre homme rencontre un poëte à écharpe durant la fête, il lui demande : — Vous êtes un copain à Tristan Prison ? L’écrivain lui dit : — De. Notre ami ne comprend pas, alors l’écrivain insiste : — Je suis un copain DE Tristan Prison.
Pour terminer il fait un rêve horrible. Il travaille pour deux espèces de vieux Thénardier. Une vieille et un vieux très violents qui l’accusent d’avoir dégueulassé leur dernier numéro de revue. Une revue qu’ils ont finalement décidé d’appeler du surnom dont ils affublaient sans cesse notre homme : Trou du cul.